Impossible de quitter Ne quittez pas!, un film qui reste en soi tel un souvenir personnel. Le réalisateur Arthur Joffé a réussi un film unique, atypique, une comédie très drôle qui ne ressemble à rien de ce que l'on q vu ou entendu, une oeuvre subversive sur le sujet de la mémoire et de la filiation.
C'est l'histoire d'un homme qui a perdu son père et qui voudrait garder le fil, à travers le téléphone portable. Cet objet symbole de notre époque devient un moyen de communication mystique d'un père et de son fils, d'un père qui lègue à son fils en héritage un étrange cadeau: un vieux manteau de juif ashkénaze qui recèle un terrible secret. Le héros va se lancer dans une quête initiatique aussi drôle que spirituelle, qui va l'amener à remettre en cause toute sa vie, et surtout son ma de vivre, sa dépression. S'il rappelle les personnages de Woody Allen, ce héros a des caractéristiques bien à lui. Incarné par Sergio Castellitto, qui fait un numéro d'acteur époustouflant, Félix Mandel est irrésistible et attachant, totalement perdu dans cette vie qui lui échappe, la religion à laquelle il ne comprend rien mais qui l'attire tout de même, et toutes les fausses réponses que la société lui présente. Incapable de faire face à la mort de son père, il vit une histoire drolatique qui va le mener à la rencontre avec Dieu le père, qui lui rappelle son passé pour qu'il puisse enfin bâtir son avenir.
A travers cette fable, c'est toute la problématique de la France par rapport à ... Un passé longtemps occulté, qui n'a pas permis de refonder une indentité positive. Un constat amer se dresse: un pays déprimé, des gens perdus, des SDF symboles de la faillite de l'individualisme, des banquiers déroutés, des professeurs tristes, qui ont perdu le fil du passé et le fil de la communication et du dialogue avec leurs pairs (ou pères?).
Le burlesque s'arrête brutalement à la découverte du secret de ce fameux manteau, et laisse place à l'effroi.
Il y a dans ce film des scènes qui resteront: celle du rabbin qui conseille à Félix d'utiliser les phylactères en guise de téléphone avec l'au-delà, celle oû il se précipite dans une cabine téléphonique en pleine nuit, et retrouve, comme par atavisme, le geste ancestral de balancement pour la prière, et bien sür la scène finale du manteau retrouvé. Il y a des messages intrinsèques au film, et il y a une oeuvre belle, forte et sensible qui nous est offerte comme un cadeau, un fil, une transmission réussie, pour ce film totalement à part.